Accident du travail

Soigner les blessures invisibles

Quiconque pense que les accidents du travail ne devraient plus être une question prédominante a en partie raison. En effet, au cours des dernières décennies, les entreprises ont consacré beaucoup d'attention à la sécurité et à la prévention des risques et la situation dans les secteurs présentant des risques professionnels élevés s'est considérablement améliorée. Mais ce n'est qu'une partie de la vérité. Un accident du travail est bien plus qu'une blessure physique subie lors des heures de travail. Il s'agit également de l'incidence psychologique d'un événement au travail qui perdure chez les personnes touchées aussi bien directement qu'indirectement et qui ronge leur bien-être et leur fonctionnement. POBOS, bureau-conseil pour la gestion du bien-être dans les organisations, veut y apporter une réponse avec un service spécifique.

Afin d'approfondir les soins post-traumatiques après un accident du travail, il convient dans un premier temps de bien comprendre ce que recouvre le terme «victime». Cela semble être une évidence, mais en réalité, ça ne l'est pas.
Voici une situation concrète en guise d'exemple: un travailleur tombe d'un échafaudage sur un chantier et se retrouve à l'hôpital avec plusieurs fractures. Ce travailleur est également la victime directe de l'accident, mais un de ses collègues, qui a été témoin de l'accident, peut également en être une victime. En effet, de tels événements peuvent être traumatisants, occasionner de l'angoisse, ce qui empêche la personne en question de continuer à travailler convenablement. Pour le responsable de la sécurité et le supérieur direct, un accident de ce genre peut avoir un grand impact. Avaient-ils adopté les mesures de sécurité nécessaires? Auraient-ils pu éviter l'accident? Dans de pareils cas, POBOS offre une prise en charge psychologique.

Incidence indirecte

Belfius Insurance est l'une des nombreuses entreprises qui font appel aux services de POBOS. Non seulement les employés peuvent bénéficier gratuitement de soins post-traumatiques, mais les clients de l'assureur peuvent également en profiter. Marc Naesen, case manager, explique : «Ce service n'est pas lié à l'une ou l'autre police. En fait, quand le consultant a l'impression qu'une situation qui pourrait requérir le soutien de POBOS se produit, il prend l'initiative de parler au client de cette possibilité. L'intermédiaire doit alors prendre contact avec POBOS.»
Chez Belfius Insurance, les cas où l'assistance de POBOS est requise démontrent que les soins post-traumatiques après un accident du travail peuvent également être liés à l'environnement : la compagne d'un travailleur qui est décédé lors d'un accident de la route, une personne qui a vu son collègue tomber d'une échelle, un autre travailleur qui a été témoin d'un accident de la circulation ou quelqu'un qui a été victime d'une agression.
«En d'autres termes, les victimes directes ne sont pas les seules à souffrir d'un accident – et les spécialistes en la matière le reconnaissent également», ajoute M. Naesen. Il est essentiel que les employeurs prévoient un dispositif de sécurité qui rend confiance aux travailleurs et empêche que l'angoisse, les doutes ou les tensions ne couvent trop longtemps. Sinon, les problèmes ne font que s'aggraver, avec des conséquences possibles pour les performances professionnelles des individus touchés.

L'importance de la perception

Il ne doit même pas s'agir d'un «véritable» accident. En effet, parfois, le choc n'est pas la conséquence de ce qui s'est passé, mais de la manière dont les gens vivent une situation donnée et y réagissent. C'est clairement le cas dans un cadre de travail aux grandes responsabilités et dans un environnement de travail où des vies sont en jeu; c'est le cas des contrôleurs du trafic aérien de skeyes. Dans un contexte où de petits événements peuvent avoir des conséquences catastrophiques, comprendre les problèmes qui auraient pu survenir peut avoir un grand impact.
Raf Haazen, ancien coordinateur CISM pour le contrôle du trafic aérien chez skeyes, explique: «un orage, une mauvaise connexion téléphonique ou un problème d'affichage par exemple peuvent exacerber le stress et parfois même avoir un effet traumatisant en raison des conséquences possibles», fait-il observer.
À ses yeux, il est crucial que les responsables des entreprises reconnaissent que non seulement les événements, mais également leur perception peuvent occasionner un stress psychologique grave. Pour vous donner un exemple issu d'un autre secteur : quand un individu qui porte une capuche entre dans une banque, ça peut susciter chez certains de vives réactions psychologiques.
Skeyes a mis sur pied une équipe CISM (Critical Incident Stress Management Team) qui est composée de 18 employés spécialement formés prêts à apporter une première assistance à leurs collègues après un événement qui a été perçu comme choquant.
Et Raf Haazen (l'ancien coordinateur CISM) poursuit : «ce concept de soutien entre collègues s'est déjà révélé très efficace par le passé. C'est tout à fait complémentaire avec le soutien professionnel que nous apporte POBOS.
Ce type de soutien par les pairs et les services de POBOS sont deux éléments capitaux de notre politique de soin, qui s'articule autour de deux éléments : nous pouvons en partie agir seuls, mais cet encadrement professionnel est bel et bien nécessaire.»

Braquage

Les magasins de chaussures Brantano travaillent également depuis quelque temps avec POBOS, et il ne faut pas de longs discours pour convaincre le gestionnaire de la valeur ajoutée de la collaboration : «S'agissant des soins post-traumatiques individuels, des spécialistes sont nécessaires, et nous n'en avons pas. En interne, nous disposons cependant d'un service de médiation qui peut traiter certaines affaires et aussi d'un service de ressources humaines qui, dans une certaine mesure, peut jouer un rôle social. De plus, le service de prévention accomplit également un travail très utile, mais ce dernier se concentre surtout sur le bien-être collectif et la sécurité générale. Pour une prise en charge complètement individuelle, nous invitons nos employés à consulter des spécialistes de POBOS. En outre, la discrétion est garantie étant donné qu'il ne faut pas passer par l'employeur, ce qui constitue un avantage supplémentaire. Nous communiquons sur les services de POBOS dans nos magasins et nous disposons en outre de quelques formateurs qui peuvent évoquer les services proposés par POBOS.»

Brantano est parfois confronté à des agressions et à des braquages dans ses magasins. Il s'agit très rarement de vols professionnels et bien préparés - il n'y a pas assez d'argent à subtiliser. «Il s'agit surtout de problématiques locales, de drogués par exemple qui ont un besoin urgent d'argent et qui du coup braquent un magasin». «Mais pour les travailleurs touchés, cela ne change bien évidemment rien au traumatisme vécu».

Impliquer les médecins généralistes

La relation de confiance entre le patient et son médecin généraliste est généralement forte et par conséquent, son cabinet est un endroit très approprié pour orienter le patient vers des soins post-traumatiques après un accident du travail.
Bien que Luc Hoorens, médecin généraliste à Deurle, reconnaisse qu'une certaine réticence existe toujours, il remarque cependant une tendance générale vers une plus grande ouverture vis-à-vis de l'aide psychologique. On renvoie plus rapidement des patients vers un psychologue. Par conséquent, davantage d'attention est prêtée aux soins post-traumatiques.
Mais cela engendre également des problèmes, affirme-t-il: «Pour une consultation auprès d'un psychologue, il faut souvent attendre au moins deux semaines. En outre, un entretien d'admission doit également être organisé. Une assistance dans un délai plus rapide est souhaitable, qui plus est dans le cas de soins post-traumatiques.» Luc Hoorens a été séduit par la méthode spécifique de POBOS, qui vise une disponibilité rapide et accessible à tous.
«Christian Agneessens, le gestionnaire de POBOS, m'a parlé il y a quelques années d'une collaboration plus étroite avec les médecins généralistes. Je lui avais alors fait savoir que les organisations professionnelles de médecins généralistes accueilleraient un tel programme de soins post-traumatiques à bras ouverts, étant donné qu'il comblerait un vide», fait remarquer Luc Hoorens

Ce médecin généraliste a vu évoluer le contexte des accidents du travail au cours de ses trente années de pratique médicale: «Au cours des 30 années écoulées, les traumatismes physiques à la suite d'un accident du travail ont drastiquement diminué. Les entreprises ont à n'en pas douter consenti des efforts dans le domaine de la sécurité. Au cours de ces dernières années, je suis de plus en plus confronté dans mon cabinet à des patients présentant des symptômes de stress qui sont directement liés au travail. Il s'agit aussi bien d'un stress général lié au travail que de stress découlant de tensions et de conflits sur le lieu de travail : jalousie, harcèlement... C'est pourquoi il peut s'avérer utile de consulter un psychologue. De telles situations ne peuvent en effet perdurer trop longtemps ; de plus, la personne de confiance au travail n'est pas toujours formée pour gérer de tels cas. Il est donc important pour les médecins généralistes de pouvoir orienter leurs patients vers une assistance spécialisée qui sera offerte rapidement.»